Nouvelles de nos abeilles et de leur environnement (28/08/2021)

Un apiculteur occitan teste l’hivernage des ruches en cave fraiche

Info transmise par notre collègue apiculteur Guy de Halleux

Xavier Dumont, un apiculteur occitan de Latrape en France (entre Carcassonne et Pau: CP31310) a eu l’idée d’hiverner ses ruches en cave fraiche, comme au Canada: il a hiverné ses ruches à une température inférieure à 12° en moyenne sur 24 h durant 70 jours, pour voir si cela aurait une incidence sur le taux de survie des colonies d’abeilles pendant l’hiver, une incidence sur le taux d’infestation par le varroa, une incidence sur la vitalité des colonies et en finale sur la récolte de miel. Les premiers résultats sont très positifs ! Xavier Dumont avait constaté 2 conséquences négatives des hivers trop doux auxquelles il attribue les mortalités hivernales excessives:

  • d’une part, l’élevage du couvain en hiver favorise la prolifération du varroa (et accroit la nécessité de butiner)
  • d’autre part, les abeilles sortent de la ruche à la recherche de miellées, ce qui les épuise prématurément et les soumet à un grand risque d’être prises par des intempéries ou engourdies par le froid, alors qu’elles devraient survivre 6 mois pour faire le lien avec les naissances du printemps

Cet automne, Xavier Dumont fait appel à d’autres apiculteurs pour tester ses hypothèses à plus large échelle selon un protocole bien défini. Si vous êtes intéressé à participer à cette expérimentation:  https://lerucherdecantegril.wordpress.com/

Pour en savoir plus: https://www.apiculteurs-occitanie.fr/ruches-en-caves https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/mortalite-des-abeilles-les-excellents-premiers-resultats-de-l-hivernage-des-ruches_4744461.html#xtor=CS2-765-[share]-

 

Apis cerana se défend contre les frelons géants avec des excréments

Info transmise par notre collègue apiculteur Charles Schramme

Apis cerana, l’abeille asiatique, se défend contre le frelon géant, Vespa soror, en enduisant l’entrée de sa ruche de petites taches d’excréments d’animaux, qu’elle collecte dans les environs.  C’est un cas exceptionnel où des insectes utilisent un outil, dans un but tout à fait ciblé.

Vespa soror a la particularité d’envoyer d’abord des éclaireurs pour identifier les colonies qui peuvent être pillées; les éclaireurs marquent ces colonies de leurs phéromones en se frottant sur les parois. Ensuite, ces frelons reviennent en masse pour mener une attaque organisée contre la colonie d’abeilles; ils rongent le trou de vol, généralement trop étroit pour eux, et pénètrent dans la ruche pour en piller le couvain.

Vespa soror est présent en Chine méridionale et dans les régions subtropicales d’Asie du Sud-Est, notamment au Vietnam où l’étude a été menée. Ce mode de défense était bien connu des apiculteurs locaux; il a fait l’objet d’une étude systématique par des chercheurs de l’université de Guelph, dans l’Ontario, au Canada.

Le mécanisme par lequel ces excréments empêchent les attaques massives n’est pas encore bien identifié. Il est possible que les excréments collectés contiennent des substances répulsives pour eux; il est possible aussi que leur odeur masque les phéromones de marquage déposées par les éclaireurs et empêche ainsi une attaque massive organisée.

Mauvaise nouvelle pour les apiculteurs belges qui pensaient déjà enduire les parois de leurs ruches de bouse: cette technique n’est pas active comme défense contre Vespa Velutina et Apis cerana ne l’applique pas contre cet autre prédateur. La raison en est que Vespa Velutina attaque principalement les abeilles en vol, et non à l’intérieur de la ruche.

La publication originale en anglais sur PlosOne : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0242668

Un résumé en anglais sur Phys.org :https://phys.org/news/2020-12-honey-bees-animal-feces-deter.html

Note d’Oncle Max – 28/08/2021

Une petite note pour la prochaine quinzaine (NB: pas de newsletter le 4/9) : C’est le moment de parler du nourrissement hivernal, surtout pour ceux qui ne l’ont pas encore fait (comme moi-même).

Pour le Rucher Tampon comme pour mes propres colonies nous avons d’abord procédé au premier traitement avec ApilifeVar mardi 24/8. Un second traitement est prévu le 3/9 ou le 4/9 (ou même le 5/9 si la météo nous y oblige). Nous pensons commencer la stimulation le 31/8 (avec 250cc de sirop par colonie et par jour) jusqu’au 9/9, date à partir de laquelle nous remplirons les réservoirs CS (1,5-1,75 litres) jusqu’à absorption complète du bidon de 10 litres par chaque colonie. Le sirop de stimulation n’est normalement pas compris dans les 10 litres de sirop de nourrissement.

Pourquoi une stimulation préalable au nourrissement ? Si la colonie est à court de réserves et que la reine s’est arrêtée de pondre, il y a une forte probabilité que, si vous nourrissez directement avec 2 litres ou plus à la fois, les abeilles vont s’empresser de rentrer le sirop à toute vitesse. Elles pourraient dès lors le déposer dans la zone du couvain. Ce risque est encore plus important pour ceux qui ont retiré la hausse (en DB) ou qui hiverneront sur un seul corps (Langstroth) ou ceux qui hiverneront des ruchettes sans hausse. La vigilance est de rigueur.

L’important pour bien passer l’hiver est d’avoir une colonie suffisamment peuplée de jeunes abeilles (d’hiver) récemment nées (entre mi-octobre et mi-novembre) avec proportionnellement suffisamment de réserves jusqu’aux premières floraisons printanières. C’est cet équilibre abeilles/réserves qui est primordial avec un nombre d’abeilles minimal nécessaire pour maintenir la chaleur de la grappe. Quel est ce dernier chiffre ? Je donne ma langue au chat car tout dépend du modèle de ruche, de la position des réserves par rapport à la grappe, de l’isolation, de la météo hivernale (froid et humidité), des dépenses énergétiques automnales (si l’automne est trop doux), et  …., bref un nombre de facteurs dont, actuellement, on ne connaît pas encore bien toutes les synergies et interactions. C’est ici qu’intervient l’expérience, les spéculations sur le climat, l’intuition et le bon sens de chaque apiculteur avec ses abeilles. Mais avec les changements climatiques, il faut admettre que nous devons nous remettre en question et bien évaluer la situation d’aujourd’hui, très différente de celle d’hier.

Un apiculteur ne doit pas être estimé sur le nombre colonies qu’il hiverne ni de kg de miel qu’il produit par colonie, mais sur sa capacité à bien hiverner ses colonies en en perdant le moins possible, pour ne pas dire pas du tout. C’est entre la mi-juillet et le 1er avril que les abeilles ont besoin de notre bienveillance. Entre avril et juin, elles peuvent se développer en autonomie.

Il est bon de rappeler que, dans la nature, il existe une sélection naturelle, sinon avec les essaimages nous serions vite envahis d’abeilles de tous côtés (réf Thomas Seeley et ses observations/études/recherches :L’apiculture darwinienne selon Thomas Seeley : une approche évolutive & Thomas Seeley : une vie à observer les colonies sauvages d’abeilles). Vouloir envers et contre tout maintenir artificiellement une colonie avant l’hiver et qui montre déjà des signes de faiblesses n’aide pas à protéger l’ensemble des colonies du rucher (et ceux des environs) : en effet, les descendants mâles de cette colonie transmettront les caractéristiques négatives de cette colonie aux prochaines jeunes reines lors des vols de fécondation au printemps prochain. Dès lors, mieux vaut se défaire de ces « maillons faibles ». Ce n’est pas de l’eugénisme, mais un respect des règles de la nature pour le monde sauvage et pour la biodiversité. Même si l’abeille est domestiquée, elle reste un animal sauvage.  

A propos Michel Fraiteur

Apiculteur amateur depuis 1977. Président de la SRAWE
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