Nouvelles de nos abeilles et de leur environnement (01/04/2015)

/ Exposition ‘Portraits d’abeilles
Vers la modification d’un décret pour interdire l’utilisation des insecticides néonicotinoïdes au Parlement Wallon
Le SCOFCAH et les gouvernements européens bloquent la mise en application des nouvelles lignes directrices de l’EFSA pour l’évaluation des risques des pesticides pour les pollinisateurs/

Exposition ‘Portraits d’abeilles’

Proposée par Bruxelles Environnement à l’occasion de la Semaine sans Pesticides, l’exposition ‘Portraits d’abeilles’ présente un reportage photos de Myriam Lefèvre, une collection de portraits et de scénettes inédites, témoins d’une palette très étendue de comportements individuels !

Au BEL Brussels. site de Tour & Taxis, 86c/3000 av. du Port 1000 Bruxelles. Du lundi 23 mars  au vendredi 17 avril 2015 (du lundi au vendredi de 10h à 18h)

Plus d’infos

Vers la modification d’un décret pour interdire l’utilisation des pesticides néonicotinoïdes au Parlement Wallon

Ce mercredi 25/03, en réponse à une question parlementaire de la députée Christie Morreale, le Ministre de l’Environnement Carlo DI ANTONIO a fait part de sa volonté d’interdire l’utilisation des néonicotinoïdes sur l’ensemble du territoire wallon.

Convaincue qu’il convient de renforcer de manière drastique les réglementations en la matière, la députée Morreale a plaidé pour que la Wallonie suive l’exemple français en interdisant ces pesticides.

Le ministre Di Antonio s’est dit favorable à l’interdiction de ces pesticides tueurs d’abeilles. Il a ainsi plaidé pour que l’on en arrive à ce que ces produits ne soient plus agréés non seulement au niveau européen mais aussi en Belgique.

Le ministre a ensuite fait référence à la législation wallonne, plus particulièrement à un décret de juillet 2013 qui limite l’utilisation de tels produits par les pouvoirs publics sans prendre en considération leur usage dans l’agriculture. Il a ajouté qu’il convient d’élargir cette disposition en procédant à la modification du décret. Le ministre a assuré que ces pesticides néonicotinoïdes seront ciblés en priorité par cette modification de décret.

QA interdiction des pesticides tueurs d’abeilles

A lire sur le site de Christie Morreale et sur diantonio.wallonie.be

Au nom de la SRAWE et en mon nom propre, j’ai envoyé un message de remerciement et d’encouragement à la députée Morreale et au ministre di Antonio. Mail à Morreale Mail à di Antonio

Si vous voulez en faire de même, voici les adresses de Contact: Contact Morreale Contact di Antonio

PS: voir la réponse du ministre di Antonio dans nos Nouvelles du 16/05/2015

Le SCOFCAH et les gouvernements européens bloquent la mise en application des nouvelles lignes directrices de l’EFSA pour l’évaluation des risques des pesticides pour les pollinisateurs

Il y a quelques semaines, Beelife, la Coordination Apicole Européenne, nous demandait d’exprimer notre support aux nouvelles normes européennes pour l’évaluation des risques pesticides (voir nos nouvelles du 14 mars dernier )

Beelife, nous communique à nouveau des informations inquiétantes au sujet de l’évaluation des risques pesticides sur les abeilles : Un printemps noir pour les abeilles

Tentons de faire le point sur ce sujet complexe.

La méthode actuelle d’évaluation des risques pesticides

Actuellement, les lignes directrices sont celles fixés par l’EPPO (European and Mediterranean Plant Protection Organization) ; elles reposent essentiellement sur les avis du groupe ‘Protection de l’abeille’ de l’ICPBR (Committee of Plant-Bee Relationship) ; or ce comité, créé en 1950 comme une plate-forme scientifique et qui n’a pas de statut formel, s’est vu progressivement infiltré par une part croissante de représentants de l’industrie.

Ce sont donc les entreprises qui produisent les pesticides considérés comme étant à l’origine du problème qui  contribuent à l’élaboration des directives qui seront utilisées pour contrôler leurs propres produits. Elles sont dans une position typique de juges et parties.

Le résultat : des protocoles d’évaluation complètement insuffisants et non scientifiques qui favorisent l’industrie. Actuellement, les évaluations ne prennent en compte que les effets létaux à court terme, principalement sur les abeilles adultes. Seules sont évaluées la toxicité aiguë, résultant d’une seule exposition directe (ou d’expositions multiples au cours d’un laps de temps réduit, en général moins de 24 heures), et dans certains cas la toxicité pour les larves.

Jusqu’à présent, l’impact d’une exposition chronique à de la nourriture et à de l’eau contaminées sur les abeilles et leurs colonies a été complètement ignoré dans les contrôles de sécurité.

Ces lacunes se sont avérées particulièrement graves avec l’apparition des nouvelles molécules comme les néonicotinoïdes.

Cette situation a été vivement critiquée par Beelife : voir le document Le futur des abeilles est-il entre les mains du lobby des pesticides ?

Le nouveau règlement européen d’approbation des pesticides

Depuis 2009, un règlement européen (1107/2009) prescrit qu’un pesticide ne peut être approuvé que s’il est établi que son utilisation «entraînera une exposition négligeable des abeilles, ou n’aura pas d’effets inacceptables aigus ou chroniques sur la survie et le développement des colonies, compte tenu des effets sur les larves d’abeilles et le comportement.»

Ce règlement européen datant de 6 ans maintenant n’est toujours pas mis en application.

Les modalités actuelles d’évaluation des risques faisant l’objet de nombreuses critiques, la Commission Européenne a dès 2010 demandé à l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) de développer un document de guidance pour les autorités responsables.

L’EFSA a publié le 4 juillet 2014 une nouvelle version de son document de guidance. Voir aussi notre article: Pesticides et abeilles: l’EFSA finalise de nouvelles orientations

Qu’est-ce que ces nouvelles méthodologies devraient changer ?

1. Elles marquent une rupture avec les conflits d’intérêts de l’organisme actuellement chargé de la rédaction des lignes directrices pour l’approbation des substances.

Ces nouvelles lignes directrices ont été élaborées par un panel d’experts scientifiques indépendants.

Beelife, dont c’est l’objet principal, a pris une part active dans ce travail.

2. Elles prennent en considération la plupart des sources variées d’exposition connues à ce jour.

La proposition de l’EFSA tient en compte un grand nombre de voies possibles d’exposition :

  • Contact lors du butinage de la culture traitée, de mauvaises herbes, plantes ou autres cultures avoisinantes
  • Consommation de nectar ou de pollen provenant de la culture traitée, de mauvaises herbes, plantes ou autres cultures avoisinantes
  • Consommation d’eau contaminée : eau de guttation, eau de surface, flaques

En plus de la toxicité aigüe, elle analyse aussi la toxicité chronique causée par un apport régulier de petites doses non létales. L’évaluation est faite sur les abeilles domestiques, les bourdons et abeilles solitaires ; sur insectes adultes et sur larves.

Tout compte fait, il ne s’agit ni plus ni moins que d’aboutir enfin à la  mise en application d’un règlement européen de 2009.

Le rôle trouble du SCOFCAH

Cependant, ces nouvelles lignes directrices ne sont toujours pas approuvées ni mises à exécution, étant bloquées par les représentants des gouvernements au niveau du SCOFCAH.

Le SCOFCAH est le comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale (Standing Committee on the Food Chain and Animal Health).

C’est un comité de règlementation. Son rôle est d’aider la Commission européenne à mettre au point des mesures de sécurité alimentaire. Sa mission couvre toute la chaîne alimentaire, de la santé animale dans les exploitations au produit arrivant sur la table du consommateur ; il se compose de représentants des États membres et est présidé par un représentant de la Commission européenne.  Pour la Belgique, c’est un représentant du ministère fédéral de la Santé qui y participe.

Le SCOFCAH est divisé en 7 sections ; la section « Phytopharmaceutiques » est celle qui est responsable de l’évaluation des risques pesticides sur les abeilles.

Les comptes rendus et les agendas des réunions des réunions de la section Phytopharmaceutiques sont repris sur le site de la Commission à la page : SCOFCAH – Pharmaceuticals. Malheureusement, ils sont mis à jour avec beaucoup de retard ; ainsi l’agenda de la réunion du 20 mars portant notamment sur le document de guidance n’a pas été publié ; les comptes-rendus sont inexistants à partir de la mi-octobre 2014.

On n’y trouvera aucune indication de la position des états membres, rendant ainsi impossible un quelconque contrôle démocratique.

Ce n’est donc que par des ‘bruits de couloir’ que l’on peut se faire une idée des négociations en cours. Les Etats membres qui bloquent seraient ceux qui s’étaient opposés à la suspension des néonicotinoïdes et du Fipronil en 2013: Roumanie, Hongrie, République Tchèque, Allemagne, Royaume Uni, Autriche,… Il y a très peu d’informations disponibles sur la position des Etats membres actuellement.

Il y a peu d’information aussi concernant les arguments principaux pour bloquer l’application des guidances. Ce que les représentants nationaux mentionnent principalement c’est la difficulté de l’application des tests à mettre en place (ce n’est pas un argument valable car la Commission a organisé des formations pour les évaluateurs des risques et a développé des outils facilitant leur utilisation). L’argument des firmes phytopharmaceutiques est que l’application des guidances réduirait l’entrée sur le marché des pesticides ( !).

A propos Michel Fraiteur

Apiculteur amateur depuis 1977. Président de la SRAWE
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