Note d’Oncle Max et de Jean Riondet – 9/08/2025

Attention aux quelques jours de canicule annoncés avec les traitements au thymol: je devais faire un second traitement ce lundi, mais je postpose jusque après la canicule en laissant le premier traitement terminer ses effets. Le thymol peut devenir nocif pour les abeilles au-delà de 30°C.

Ce sont les vacances et vous aurez sans doute un peu plus de temps pour lire attentivement ce rappel instructif et détaillé de Jean Riondet, bien connu pour ses ouvrages sur l’apiculture, et reçu dans sa newsletter mensuelle la semaine dernière (5/8/2025).  L’importance des rentrées de pollen est soulignée par Jean Riondet et donc il est important de ne pas laisser les frelons bloquer les colonies.

NB: Jean Riondet insiste sur les traitements varroa, mais je pense que le frelon devient plus problématique que le varroa; du moins dans mon rucher où la pression varroa n’a jamais été trop forte.

Jean RIONDET  – Apiculture en août : on prépare l’hivernage

La mise en hivernage est une opération qui est stratégique pour le redémarrage de la saison en 2026 et nécessite une certaine attention.

Maintenant se préparent les abeilles grasses dites abeilles d’hiver ou abeilles diutinus, mot latin pour désigner des abeilles de longue vie. Ce seront celles qui auront la capacité à relancer la ponte de la reine à un moment où la nature ne fournit pas ou très peu de ressources protéiques, le pollen, pour produire les gelées royales nécessaires au bon développement des futures larves. Elles utiliseront les réserves des cadres sous la forme du pain d’abeilles mais aussi leurs propres réserves internes, leurs corps gras.

Les abeilles d’hiver riches en corps gras sont présentes dans la colonie tout au long de l’année en quantités variables. Selon les circonstances où se trouve la colonie, elles constituent une armée de réserve pour fournir un contingent de nourrices ou de butineuses ou d’abeilles d’intérieur pour travailler le nectar. Ce sont des abeilles aux capacités étendues, particulièrement résistantes aux pathogènes et de longue vie. D’où l’emploi du mot diutinus pour désigner ces abeilles de longue vie. Ce qui nous évite une névrose sémantique si on parlait d’abeilles d’hiver en mai.

Les corps gras sont des tissus adipeux structurés en fines couches, lâches, qui sont accrochées aux anneaux de l’abdomen et qui sont baignés par l’hémolymphe. Selon les besoins énergétiques sont libérées des protéines et des éléments nutritifs dans l’hémolymphe pour être transportés vers les diverses composantes de l’abeille.

En reprenant la synthèse faite par Janine Kievits dans La Santé de l’Abeille n°302 de 2021, les corps gras constituent un organe qui :

  • accumule des réserves grasses (issues des pollens), glucidiques (comme le foie chez les vertébrés)
  • est la principale centrale métabolique qui synthétise la majorité des protéines et des métabolites présents dans l’hémolymphe nécessaires pour la bonne vie de l’abeille
  • a un rôle hormonal dans le déclenchement des phases de mues ou de nymphose et au quotidien produit les réactions comportementales aux phéromones diffusées dans la colonie. Il détermine les moments et les durées de l’état de nourrice, cirière, magasinière, butineuse avec des possibilités de retour en arrière sur ces fonctions
  • réagit aux réserves nutritives, en particulier régule la taille des individus en fonction de l’état de celles-ci. Par exemple, une abeille parasitée sera de plus petite taille qu’une non parasitée
  • produit et stocke la vitellogénine (réserve de graisse et de protéine) qui joue un rôle fondamental dans le déroulement de la vie d’une abeille

Chez la reine les corps gras servent à doter l’œuf de réserves qui assureront la formation de la larve avant l’éclosion, à développer chez la larve une immunité contre des bactéries, immunité appelée transgénérationnelle (transmise par la mère à sa descendance).

Chez la nymphe, durant sa métamorphose, les corps gras issus des apports en gelées nourricières, sont intégralement consommés; ils seront reconstitués durant les premiers jours de vie de l’abeille grâce à ses congénères qui la nourriront en gelées royales et nourricières. La nouvelle née surdotée en corps gras deviendra à son tour nourrice, c’est à ce moment de sa vie qu’elle possède la plus grande capacité à digérer le pollen dont elle profitera abondement. D’où l’extrême importance de la quantité de vitellogénine présente chez les nourrices qui produiront de nouvelles nourrices à leur image. Des nourrices pauvres en corps gras élèveront de futures nourrices, à leur tour, pauvres en corps gras.

Puis ces réserves en vitellogénine vont fondre à grande vitesse lors des apports en gelées aux larves. Et lorsque les surfaces de couvain cessent de croître puis régressent, les volumes excédentaires de nourrices par rapport au nombre des larves à élever, vont fournir en quantité plus importante des abeilles grasses appelées diutinus.

Ces abeilles, n’ayant plus d’activités spécifiques – nourrice, chauffeuse, cirière, transformation du nectar ou du sirop en miel, butinage – donc ne faisant rien, vont conserver leur stock de vitellogénine et seront d’excellentes partenaires de la reine pour relancer sa ponte tôt en janvier pour mettre en place la dynamique future colonie.

Ces abeilles se reconnaissent à leur taille un peu supérieure à celle de leurs congénères et surtout le diamètre de l’abdomen est tel que les ailes au repos sont posées intégralement dessus. Chez des abeilles moins « grasses » les ailes repliées débordent de l’abdomen

Et que dire de varroa dont la prédation porte essentiellement sur la vitellogénine de l’abeille tant en suçant ces corps gras directement dans les tissus adipeux qu’à d’autres moments de son développement dans l’hémolymphe. Les abeilles parasitées sont de mauvaise nourrices, mauvaises cirières … fragiles face aux attaques des agents pathogènes, bactéries ou virus et sont de vie courte.

Ce prédateur réduit drastiquement les qualités d’éleveuses et de butineuses des abeilles parasitées, c’est pour cela que nous insistons lourdement sur l’impérieuse nécessité de le combattre efficacement.

La stratégie

La première action à conduire sera le traitement contre le varroa tout au long de l’année par des actions particulières aux différents moments de la saison suivant que l’on sera en présence de hausses pour des miellées ou indépendant de récoltes. Nous avons déjà évoqué les prélèvements de couvain de mâles en début de saison, les traitements entre la récolte de la miellée de printemps et celle de l’été, maintenant le traitement après la récolte de l’été et plus tard celui d’automne.

Pour l’heure, c’est le temps de l’encagement de la reine dans une boite qui l’empêche de pondre mais permet aux abeilles de la nourrir, de la visiter, d’échanger ses phéromones avec le reste de la colonie. Ce temps d’encagement supprime le couvain et au terme de 21 à 24 jours (de l’œuf d’ouvrière ou de mâles à l’adulte), n’ayant plus de couvain où se cacher et se reproduire, varroa est présent sur toutes les abeilles, un traitement par pulvérisation, dégouttement ou sublimation avec un médicament à base d’acide oxalique (Apibioxal, Oxybee, Varromed, Varroxal) s’impose absolument car c’est le procédé le plus efficace actuellement. Les résultats dans ce contexte sont les meilleurs.

En cas d’échec (la reine est arrivée à sortir de sa cage, ou elle fut introuvable …), le couvain est présent, il faut alors mettre en place une autre médication, des lanières d’une molécule de synthèse ou utiliser du Formic Pro très efficace mais en dessous d’une température de 25°C dans la journée, température à partir de laquelle on commence à observer des désordres dans les colonies, par prudence ce point de repère est intéressant car ce produit est un excellent partenaire contre le varroa.

J’ai opéré les premiers décagements de la saison, toutes mes reines ont repris la ponte en 48 h et cette année aucune mauvaise surprise de reine abandonnée ou morte. Une seule reine, tellement fine qu’elle est sortie de la cage. J’ai dû mettre de l’Apivar, par précaution j’ai fait un traitement à l’AO par sublimation comme pour toutes les colonies et quelques jours plus tard j’ai mis les lanières. Parait que AO et Amitraz ne font pas bon ménage.

La seconde action est l’état des lieux des réserves en miel, de la quantité et de la qualité du couvain. Après l’encagement il faut d’urgence reprendre la ponte et apporter un peu de sirop, 1 ou 2 verre au décagement, apporter des protéines un pain de candi très protéiné, 400/500g suffit en une fois. Puis apporter régulièrement un peu de sirop surtout si les chaleurs de fin juillet ou d’août bloquent les floraisons, donc les apports en nectar et pollens.

Au terme de 2 semaines on devrait observer de belles plaques de couvain operculé, il faut alors pousser la constitution des réserves en miel si ce n’est fait. Les apports de sirop seront massifs en 1 ou 2 fois par un sirop lourd dans la proportion de 2kg de sucre pour 1l d’eau. En RBC les colonies ont besoin de moins de réserves qu’en situation classique. Les couronnes de miel autour des zones de couvain alors rétrécies en octobre devraient suffire. Mais par prudence, si on peut avoir 1 ou 2 cadres de miel bien pleins en CH2 c’est une sécurité. Ces réserves serviront ultérieurement si en cas de météo défavorable en avril et jusqu’au début de mai les colonies étaient en carences alimentaire.

Cette année pour ma part, j’observe que les colonies ont beaucoup amassé durant l’encagement qui a commencé le 8 juillet; donc les apports en sirop seront consacrés à la relance de la ponte. Avec l’usage d’un sirop léger en proportion d’1kg de sucre pour 2l d’eau et apporté par petites quantité. Cette distribution limitée nourrit les abeilles de toute la colonie par le mécanisme de la trophallaxie et permet aux nourrices de produire des gelées royales pour la reine. Mais attention les colonies sont puissantes et l’arrêt des rentrées de nectar se traduit par une consommation importante des réserves.

Il ne faut pas exagérer les apports de sucre dans la mesure où fin juillet les ampélopsis ont apporté de la ressource et fin août en de nombreux endroits, le lierre apportera nectar et pollen en abondance. Là où elle se développe, la renouée du japon sera également une excellente source de nectar. Une exception cependant, si le lierre produit des rentrées très importantes de nectar, le miel qui en ressort sera très cristallisé et dur à peu près immangeable par les abeilles, un apport de sirop léger en ce moment là dilue le nectar de lierre et rend ce miel consommable pour les abeilles.

La surveillance des stocks de miel et des surfaces de couvain est nécessaire en ce moment.

Parlons frelon

C’est le moment, c’est l’engouement présent, on compte davantage les frelons qu’on ne compte les varroas !

Il faut vivre avec, et après les piégeages du printemps et les piégeages d’été pour protéger les ruchers une solution m’a été proposée par Florent Guillaud, un apiculteur de l’Allier. Depuis un dizaine d’années bientôt, il hiverne un lot de ruches dans le SO et dans cette zone très infestée par le frelon des collègues lui ont conseillé cette méthode. Placer 8 ruches en carré (4 x 2) sur des supports 2 places les entrées orientées au centre du carré. Les abeilles sortent dans cet espace et cela fait un bon volume de va et vient, les frelons ne peuvent tourner autour des ruches, ils sont gênés. Certes la prédation n’est pas stoppée, seulement freinée, mais surtout les abeilles ne sont plus stressées et poursuivent leurs activités. 

Il constate que les entrées orientées vers les 4 points cardinaux n’ont aucune importance, la limite de cet agencement est moins la dérive que le risque de pillage notamment lors des nourrissements au sirop de saccharose, particulièrement appétant, et qu’il faut réaliser le soir à la nuit tombante.  Jean Riondet.

A propos Maximilien de Neve

Président de la SRAWE
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